Marseille : du déterminisme à la prise de conscience,

#Marseille : du déterminisme à la prise de conscience, après l'agression de l'enseignant juif

 

Des militaires devant l’école hébraïque dans laquelle officiait l’enseignant agressé. photo afp

    Des militaires devant l’école hébraïque dans laquelle officiait l’enseignant agressé. photo afp AFP
     

    Caractéristique d’un climat national délétère, l’agression d’un enseignant juif, lundi à Marseille, est fermement condamnée par les acteurs associatifs locaux.

    L’agression d’un enseignant juif lundi à Marseille continue d’entretenir le spectre de la xénophobie dans « le pays des droits de l’Homme ». Une attaque, qui vient s’ajouter à la longue liste des violences racistes touchant les communautés présentes sur le territoire, que le monde associatif et progressiste local dénonce avec vigueur.

    En premier lieu, le Centre démocratique kurde de Marseille, par l’intermédiaire de son porte-parole Salih Soylemez. « Nous condamnons fermement ce crime odieux », clame-t-il, tout en rappelant « le combat permanent des Kurdes contre Daech », dont le jeune auteur des faits s’était réclamé. Tous les acteurs associatifs interrogés convergent vers un constat : celui d’« un climat social très dangereux ». « Le racisme est une gangrène qui se nourrit des problèmes quotidiens de la société », ajoute-t-il.

     

     

    Les charges contre le lycéen s’alourdissent

    L’adolescent arrêté lundi suite à l’agression a quitté hier après-midi les locaux de la police marseillaise pour être transféré à la sous-direction antiterroriste à Levallois, il devait être présenté à un juge d’instruction antiterroriste, pour une possible mise en examen. Lors de ses auditions, le jeune Turc d’origine kurde a « revendiqué son geste et exprimé une certaine fierté », affirmant « qu’il avait agi seul », a précisé une source proche de l’enquête.

    En raison de son âge, 15 ans pour quelques jours encore, sa garde à vue ne peut excéder 48 heures. L’enquête se poursuit pour « tentative d’assassinat aggravé en raison d’une appartenance religieuse en lien avec une entreprise terroriste ». Sans antécédents judiciaires ni psychiatriques, l’adolescent avait dit aux policiers avoir agi « au nom d’Allah » et du groupe État islamique.

    Dans ce contexte, le président du consistoire israélite de Marseille, Zvi Ammar, a « incité » hier ses coreligionnaires à « enlever la kippa dans cette période trouble, jusqu’à des jours meilleurs ». Pour ce dernier, « il faut prendre des décisions exceptionnelles, et, pour moi, la vie est plus sacrée que tout autre critère ». Le grand rabbin de France, Haïm Korsia, a déclaré lui que cette recommandation était un « cri d’émotion compréhensible », nuançant : « Nous ne devons céder à rien, nous continuerons à porter la kippa. » Et même d’appeler « l’ensemble des supporters de l’Olympique de Marseille à revêtir mercredi 20 janvier un couvre-chef », en signe de solidarité, lors du match OM-Montpellier au stade Vélodrome, en 16e de finale de la Coupe de France de football. 

    Pour le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin (LR), chacun son rôle, « nous sommes solidaires de la communauté. C’est à la communauté de prendre ses dispositions », tandis que le député et président de MPM Guy Teissier (LR) a réclamé dans une question au gouvernement, des moyens supplémentaires « pour parvenir à identifier ces jeunes gens qui, hors radars, se radicalisent sur internet ». La garde des Sceaux, Christiane Taubira considère, elle, que « nous devons réaffirmer, (...) garantir au quotidien, la liberté de chaque citoyen, y compris [celle] de vivre sa croyance. C’est ça une République laïque ».

    M.R. avec AFP

     

     

    « Climat de guerre civile entretenu »

    « On a l’impression qu’on nous prépare à la guerre », souligne, quant à elle, Horiya Mekrelouf, présidente du Mouvement contre le racisme et l’antisémitisme (Mrap 13). L’administrateur du centre social Saint-Gabriel, Gérard Perrier, se charge d’enfoncer le clou : « Le gouvernement est en cause. Il entretient un climat de guerre civile. Aujourd’hui il n’y a plus de digues, aussi bien morales que politiques. » « État d’urgence », « déchéance de la nationalité ». Autant de termes qui constituent le terreau fertile de violences xénophobes.

    « L’État ajoute de la confusion à la confusion, comme l’illustre un récent discours de Manuel Valls tendant à montrer que ceux qui s’opposent à Israël favorisent la montée de l’antisémitisme », pointe Pierre Stambul, président de l’Union juive française pour la paix (UJFP). Au regard des témoignages, le climat délétère en France n’est pas à négliger dans le relent xénophobe.

    Pour autant, occulte-t-il la responsabilité individuelle de chacun ? Le gamin ayant agressé l’enseignant juif ne présentait « pas de signes avant-coureur ». « Les Kouachi et Merah étaient des produits de l’école française », explique Pierre Stambul qui raconte ses interventions à l’école de la Busserine. « Les enfants me disaient : on ne savait pas qu’il y avait des juifs comme vous. La sous-information participe à un état de réflexion primaire », ajoute ce militant pacifiste antisioniste.

    Pour tous ces acteurs de terrain, « droitisation de la société », « crise économique et libéralisme » ont pour le moment raison des consciences individuelles. Ces dernières résultent « de l’éducation, de leur développement et de la distraction des effets du monde perturbée par les guerres », selon Gérard Perrier. L’agression du professeur de l’école hébraïque est, pour lui, « le fruit d’une vieille histoire de l’antisémitisme qui n’a jamais vraiment disparue. On accole aux juifs l’image du pouvoir, des médias, du fric. C’est le complot qui ressurgit en temps de crise ».

    L’agression de lundi a déclenché récupération politique et déferlement médiatique immédiats. « Des actes islamophobes se produisent fréquemment et l’État reste silencieux », lâche Pierre Stambul. Un état de fait orchestré par une partie de la classe politique qui n’excuse en rien l’agression dont a été victime le professeur juif, symbole d’un racisme qui fait tache d'huile en ces temps troublés.

    philippe amsellem